Adieu mon Ami

Mon cher Nanard, c’est le coeur gros que je t’écris ces quelques mots.
Mardi matin la nouvelle est tombée, tu nous avais quitté la veille au soir, juste un peu avant minuit.
Tu as quitté la scène un peu comme cendrillon, après le grand bal de la douleur.
Ce putain de crabe a eu raison de toi à 61 ans !
Samedi déjà, j’avais entendu dire que tu voulais rester seul, dans le noir, pour t’habituer, j’avais bien compris que tu attendais la dame à faux, toi qui aimais tant les femmes !
Tu pouvais être grivois, tu étais toujours courtois, tu étais drôle et plein d’humour décapant !
Celle saloperie de maladie t’avais déjà enlevé un poumon, pourquoi s’est-elle acharnée sur toi ?
Après les poumons c’est les reins qui ont été touchés et le crâne…
Tu as commencé à avoir des problèmes d’équilibre, tu es tombé et retombé…
Le déambulateur a eu raison de ton envie de marcher.
Toi qui aimais faire des ballades le long du chemin des douaniers et marcher sur la plage de Ploumanach, tu t’es trouvé dépendant de ton épouse dévouée et de ta famille aimante.
Tu avais eu la force et le courage de te battre, tu avais eu la pudeur de ne pas vouloir te montrer à nous sans tes cheveux.
Avec ou sans cheveux nous t’aimions, il ya quinze jours quand je t’ai eu téléphone, c’est idiot je t’avais trouvé une bonne voix alors que ta femme venait de me prévenir que tu étais « fatigué », tu avais du faire un superbe effort pour donner le change.
Tu m’as dit que nous pourrions bientôt aller boire un café avec toi, dès que ça irait mieux… Dès que tes cheveux aurait repoussé…
Ça n’arrivera.
Hier soir je suis allée te voir avec celui que tu appelais ton petit frère de maladie.
C’est lui qui a choisi les fleurs, « j’ai pris des fleurs gaies pour Nanard, je ne voulais pas des fleurs tristes. »
J’ai souris, il a choisi des fleurs bleues.
Nous étions angoissés en arrivant au funérarium mais lui ni moi ne l’avons dit.
Nous avons ouvert la « Salle des Genêts » où tu reposais.
Ta famille était là, assise à côté de toi, très digne dans ce lourd silence.
Je nous ai présenté, je les embrassé et dit les mots d’usage « sincères condoléances ».
Et puis sans réfléchir je suis allé t’embrasser sur le front.
Ton visage de cire était glacé sous mes lèvres.
Tes cheveux étaient longs, ils avaient repoussés…
Ta bras reposaient le long de ton corps, tu semblais dormir.
Je t’ai béni et j’ai passé le goupillon à « ton petit frère », il t’a béni à son tour et éclaté en sanglots, moi aussi.
Te voir là, étendu, pâle je me suis mise à trembler de froid.
Il a dit au revoir et a quitté la pièce brusquement.
Je l’ai excusé et j’ai parlé avec ta femme et tes fils de toi, de notre amitié, je leur ai dit combien tu allais nous manquer… me manquer…
Nous nous sommes embrassés comme de vieux amis, je t’ai regardé, je t’ai envoyé un baiser en pleurant, je pensais « Reposes en paix mon ami ».
J’ai dit à jeudi et suis partie, les laissant en famille.
« Il est beau dans son costume, il a l’air en paix. »
Nous avons quitté le funérarium en silence.

Demain nous t’accompagnerons dans ta dernière demeure.
Il a fait chaud aujourd’hui mais j’ai toujours froid, c’est toujours comme ça…

Adieu mon ami…

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